SUBURBIA
Par: Florent Mazzoleni
Tinbox Contemporary Art Gallery - Bordeaux
Du ven. 06 juin 2008 au sam. 05 juillet 2008
Vernissage le jeu. 05 juin 2008 - 19h00 
Présentation
Né dans les utopies urbanistes européennes du dix-neuvième siècle et mise en œuvre dans l'Amérique d'Eisenhower, le concept de suburbia s'est imposé comme le rêve impérieux d'une vie meilleure. Le rêve d'accession à la propriété suburbaine, porte d'entrée vers la classe moyenne du vingtième siècle, représente l'une des plus grandes migrations de l'histoire américaine et occidentale. Une quête nouvelle d'espace ainsi que de meilleures conditions de vie poussa des millions de personnes à céder aux sirènes suburbaines dès la fin des années 1940.
« I'll take the subway to your suburbs sometimes » chantait en 1974 Jonathan Richman avec ses Modern Lovers. Hasard ou coïncidence, je suis né en 1974 au sein de la classe moyenne. Enfant du centre ville, j'ai rejoint la suburbia à la petite adolescence. Cette notion suburbaine m'est donc chère et pas seulement dans l'allitération délicieuse qu'elle procure. Outre les Modern Lovers, ce concept de suburbia est irrémédiablement lié pour moi à Big Star, un quatuor de Memphis à l'influence émotionnelle dévastatrice.
Leurs compositions diaphanes évoquent des couleurs, des néons jaunes, des lumières vives, des pelouses vertes, des cieux bleus, ainsi qu'une naïveté propre à l'adolescence. L'âge de l'innocence suburbaine s'envole définitivement sur le nabokovien « Thirteen »,qui réduit à néant cent ans de poésie romantique américaine. Ses « I'll Take/Make/Shake Youuuuuuuu »illustrent le pouvoir diaboliquement évocateur de la grande perversité de l'imagination sexuelle américaine. Cette chanson exsude l'ennui trouble et indicible de tout adolescent occidental ayant grandi dans une banlieue de la classe moyenne au cours des années 1960 et 1970. Et par extension de l'adolescent des années 1980, 1990 et de toutes les décennies à venir. Graffiti, skateboard, sport ont été autant d'échappatoires à ce monde de la suburbia, qui n'en demeure pas moins porteur d'une puissance magnétique et d'une fascination évidente.
Outre la musique, Suburbia évoque aussi une série d'images en couleur, qui sont autant le fruit du hasard que de la passion. Mes rencontres à Memphis avec le grand photographe couleur américain William Eggleston ont été déterminantes dans mon approche du médium photographique. Eggleston a érigé cet art en véritable religion de la nostalgie, colorée et désenchantée. Modestement, mes images évoquent le plus souvent des lieux oubliés, des détails triviaux ou des histoires secrètes en rapport avec le paradigme suburbain, que ce soit aux Etats-Unis ou en France.